Quadriptyque
Pigment noir d'ivoire- gelée d'or-patine ombrée sur carton B&Arts encollés sur bois medium.
Quadriptyque
Ivory black pigment, gold glaze, shaded patina on B&Arts cardboard mounted on MDF wood.
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Quand j’ai travaillé sur la série Indivisibility (seize œuvres « Noir et Or »), j’avais l’impression de m’infiltrer dans le réseau électrique de l’univers. Je n’en sais rien, des codes peut-être, mais le geste était à la fois minutieux et très direct, comme l’expression d’un flot continu. Les personnes qui découvrent ces peintures me parlent souvent de l’Égypte, du Tibet ou même de l’Amérique du Sud comme sources d’inspiration. Mais que puis-je répondre ? Je les ai réalisées dans mon petit atelier de Puivert, dans l’Aude, et je n’ai jamais mis les pieds ni au Tibet, ni en Égypte, ni en Amérique du Sud. L’intensité qui m’a poussé à créer ces œuvres ne m’a pas laissé le temps d’élaborer une pensée ou d’imaginer une histoire autour de ce que je faisais. Je pourrais pourtant m’en inventer : dire que j’allais à l’atelier pour raccorder des fils, rallumer des connexions, développer un réseau exaltant mêlant le noir et l’or, l’Alliance; Le noir, la terre ; l’or, le ciel. Je pourrais même construire un discours mystérieux autour de cela. À ce moment-là, l’atelier était devenu un laboratoire. Une crise lumineuse était en cours. Toute crise porte en elle un secret d’illumination. Mais il y a un ordre : d’abord laisser la crise être telle qu’elle, puis laisser l’illumination émerger, telle quelle. Le noir est souvent associé au « sombre » ou au « danger ». Lorsque j’ai commencé à travailler cette couleur, j’étais en Suède, dans une tente. Je voulais dessiner, mais je n’avais pas de papier. J’ai trouvé des feuilles noires dans une armoire. C’est alors que j’ai compris quelque chose : le noir est reposant. Les yeux n’ont plus besoin de tendre un muscle pour saisir un objet. Et une fois que les yeux l’acceptent… l’or apparaît. Le regard de l’esprit. Partout. Après six mois d’immersion dans ces 16 peintures comme premier volet d’une série qui allait continuer quatre ans plus tard, j’ai senti la fin de cette tension créative, cette véritable « crise d’illumination » ne pouvait plus durer. C’était très triste. J’avais beau essayer de passer à la dix-septième ‘’partitions’’ je n’avais plus d’accès. Il me fallait comprendre et me rendre au changement : à la mort de l’exaltation. Au Tibet, ainsi que dans les colonies tibétaines du nord de l’Inde, il existe une danse d’éveil exécutée chaque année lors de la fête de Guru Rinpoche Padmasambhava : la danse du Lama. Le corps y exprime, dans une permutation incessante, un visage à deux visages : d’un côté la mort, de l’autre l’exaltation. Dans ce passage créatif, où l’inspiration n’est pas tout, loin de là, car ce serait discriminant, j’ai clos la série par un quadriptyque, le rituel du « Crew » : des lions sur des barques.
Le lion évoque la puissance, brute, non apprivoisée. Mais cette puissance n’est pas destinée à gouverner : elle est faite pour servir. L’inconnu est le seul courant, et le contre-courant.
Dans ce quadriptyque, tout s’est approché différemment. Comme l’écho de quatre facteurs: Le Flot, l’énergie d’un Tout; L’exposition au flot, comme jonction entre le Lion de l’affliction, la force qui naît de la souffrance, et le Lion du dharma, la force qui naît de la voie juste, intérieure; La barque : le véhicule, ce qui porte et transporte; La communauté : the crew, l’équipée.
Derrière avancent les appelés ; devant, les pionniers. Dans ce rituel du crew, la répétition bien orientée empêche la dérive.
Pourtant, le paradoxe demeure : tout dérive. L’atmosphère peut sembler dangereuse, presque effrayante : un long voyage obscur et inévitable.
Et pourtant, comme la paix qui règne dans les cimetières, où nul n’applaudit ni ne crie, le flot huileux draine tous les résidus; il fait glisser les rugissements vers les poches de silence.
Imperturbables.
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When I was working on the Indivisibility series (sixteen “Black and Gold” works), I felt as though I were slipping into the electrical network of the universe. I don’t know, codes, perhaps, but the gesture was both meticulous and very direct, like the expression of a continuous flow. People who discover these paintings often speak to me of Egypt, Tibet, or even South America as sources of inspiration. But what could I say? I made them in my small studio in Puivert, in the Aude, and I’ve never set foot in Tibet, nor in Egypt, nor in South America.The intensity that drove me to create these works left me no time to elaborate a thought or imagine a story around what I was doing. I could, of course, make one up: say that I went to the studio to reconnect wires, rekindle connections, develop an exhilarating network weaving black and gold, the Alliance; black as earth, gold as sky. I could even build a mysterious discourse around it. At that moment, the studio had become a laboratory. A luminous crisis was underway. Every crisis carries within it a secret of illumination. But there is an order: first let the crisis be what it is, then let the illumination emerge, as it is. Black is often associated with “darkness” or “danger.” When I began working with this color, I was in Sweden, in a tent. I wanted to draw, but I had no paper. I found black sheets in a cupboard. That’s when I understood something: black is restful. The eyes no longer need to strain a single muscle to grasp an object. And once the eyes accept it… gold appears. The gaze of the mind. Everywhere. After six months immersed in these sixteen paintings as the first chapter of a series that would continue four years later, I felt the end of that creative tension; this true “crisis of illumination” could not last any longer. It was very sad. I tried to move on to the seventeenth “partition,” but I no longer had access. I had to understand and surrender to the change: to the death of exaltation. In Tibet, and in the Tibetan colonies of northern India, there exists a dance of awakening performed each year during the festival of Guru Rinpoche Padmasambhava: the Lama Dance. The body expresses there, in an unending permutation, a dual-faced visage: on one side death, on the other exaltation. In this creative passage, where inspiration is not everything, far from it, for that would be reductive, I ended the series with a quadriptych, the ritual of the “Crew”: lions on boats.
The lion evokes power, raw and untamed. But this power is not meant to rule: it is meant to serve. The unknown is the only current, and the countercurrent.
In this quadriptych, everything approached differently. Like the echo of four factors: The flow, the energy of a whole; Exposure to the flow, as a junction between the Lion of affliction, the strength that is born of suffering, and the Lion of dharma, the strength that arises from the right, inner path; The boat: the vehicle, what carries and transports; The community: the crew, the expedition.
Behind come the called; ahead, the pioneers. In this ritual of the crew, well-oriented repetition prevents drifting.
Yet the paradox remains: everything drifts. The atmosphere can seem dangerous, almost frightening: a long dark and unavoidable journey.
And yet, like the peace that reigns in cemeteries, where no one applauds or shouts, the oily flow drains all residues; it slides the roars into pockets of silence.
Imperturbable.